
Durant un stage réalisé dans une ONG à Bogota en septembre, j´ai eu l´occasion de visiter cette capitale dont la population équivaut à la population nationale belge, ainsi que la ville du printemps éternel, des fleurs et de la mode, la fameuse Medellin, et de passer quelques jours sur les terres bordant la mer des Caraïbes, décor du monument littéraire « Cien años de soledad » de Gabriel Garcia Marquez.
Mais ce n´est pas de la Colombie dont je vais vous parler, la Colombie déchirée depuis plus de cinquante ans par un conflit armé extrêmement complexe, la Colombie avec autant de discriminations que de couleurs de peaux, la Colombie dont la pauvreté est telle qu´elle borde tous les lieux touristiques avec ses yeux tristes qui ne vous reprochent rien mais vous supplient de la regarder en face.
Je ne vais pas non plus vous parler de la Colombie aux champs de café dont la beauté imprenable rivalise avec l´odeur merveilleuse du café cueilli à la main, de la luxuriante et mystérieuse Amazonie, de la salsa qui se danse à Cali et des nombreux villages typiques que je n´ai pas connus.
En fait, je ne vous parlerai que de cette expérience incroyable que fut celle de fouler les rues de Bogota, de Medellin et le sable de Taganga et Tayrona en compagnie de mes amis colombiens rollos (de Bogota), paisas (Medellin et environs) et costeños (de la côte).
Les « rollos » (Bogota, un chaos séduisant) (photo)
Comment reconnaître un « rollo » ? C´est le Colombien qui emmène un parapluie partout avec lui. Ainsi est Bogota : pas de saison à l´année mais à la journée ! Transpirer le matin sous le soleil cuisant (vu l´altitude) et grelotter à 18h en sortant du boulot quand il fait déjà noir : vous l´avez deviné, enrhumée après trois jours !
Que dire de Bogota, sinon que c´est la typique capitale : centre touristique type colonial « La Candelaria » (à ne pas manquer, le musée de l´or : pièces prodigieuses et de grande finesse), village typique Usaquén à l´intérieur de la grande ville, des énormes centres commerciaux (lieux de sorties habituels le week-end), la « zona rosa » où les bars et restaurants vous accueillent par jeu de lumières et musiques, de grands parcs, le centre international, la vie culturelle, etc. mais le « plus » de Bogota, c´est son décor d’arrière-plan : un horizon de montagnes, couronnées de nuages ou baignant dans un ciel bleu les plus beaux jours.
Et les rollos, et bien, c´est les gens de la capitale : plus stressés et agités que le reste de la population, qui se lèvent a 5-6h du matin dans le bruit des voitures qui grouillent sur des routes partant dans tous les sens et bordées de petits vendeurs de jus de fruits et d´empanadas. Pour ceux qui n´ont pas de voiture ou pas la plaque ayant l´autorisation de rouler ce jour-là, il va leur falloir se presser comme des sardines dans le Transmilenio (sorte de bus roulant en site propre et organisés de façon ligne de métro). Dans ce fameux « Transmuylleno » (surnom pour dire bien rempli – muy lleno), les filles se maquillent en exhibant leurs longs ongles aux vernis super kitchs ou repeignent leur longue chevelure noire et brillante, les jeunes ne cèdent déjà plus la place aux plus âgés et tout le monde supporte la foule en se réfugiant dans la musique à plein volume de l’iPod ou en appelant la moitié de la ville avec son IPhone. Car tout rollo qui se respecte a un Smartphone et passe des coups de fil. L´inutilisation totale du SMS me fut expliquée par un ami colombien : c´est que nous avons une histoire de conflit, il y a encore peu, quand un ami ou un membre de la famille voyageait, il pouvait être kidnappé et ne jamais revenir et c´est resté. Regarde l´attitude des Colombiens quand leur avion atterrit, avant même d´enlever leur ceinture, ils appellent pour prévenir de leur arrivée. De fait.
Bien que se disant « moins chaleureux » que les autres Colombiens (il serait plus juste de dire que les autres sont encore plus chaleureux), les rollos m´ont accueillis comme une reine dans leur giron de montagnes. J´ai logé tout le mois dans la famille d´une amie dont la mama se faisait presque plus de soucis pour moi que ma propre mama et s´est chargée de mon éducation au jus de fruits – boisson accompagnant pratiquement tous les repas : mango, piña, papaya, granadilla, guayaba, feijoa, sandia, curuba, borojo, tamarindo, guanabana, maracuya, lulo, et j’en passe. Attention, je préfère vous prévenir, goûter au jus de fruit colombien, c´est prendre le risque de trouver tous les autres jus insipides !
A Bogota, n'hésitez pas à pousser la porte des universités. Entre la belle et ancienne université jésuite du Rosario et l'université nationale où les édifices modernes sont égayés de slogans révolutionnaires, vous aurez peut-être une sensation de déjà-vu (en moins accentué toutefois!).
Enfin, Bogota, c´est aussi ses alentours : la cathédrale de sel de Zipaquirá, la lagune de Guatavita (histoire assez révoltante : la lagune est en fait un puits au milieu des montagnes, dont le niveau a baissé de plus de la moitié après que les Espagnols la vidèrent, croyant découvrir de l’or et des émeraudes dans le fond ; car la légende de l´Eldorado racontait que les prêtres indigènes jetaient or et pierres précieuses dans cette lagune), le village typique de villa de Leyva, etc.
Dans l´assiette des rollos : l´ajiaco (soupe typique de pomme de terre), l´arepa (galette de riz ou de maïs), les lentilles, des desserts à couper le souffle, notamment à l´institution « Crepes and Waffles » (la Belgique n´a qu´à bien se tenir). Régime de féculents et sucreries garanti (hum)! Mais la grande spécialité : faire tomber des morceaux de fromage dans son chocolat chaud du dimanche matin et le boire à la petite cuiller avec des longs filaments (what ???)!
Leur chanteur ? Fonseca !
Les « paisas » (Medellin, coup de cœur !)
Comment ne pas tomber amoureux de Medellin, la ville fleurie, la ville au printemps éternel (la température parfaite qui te permet de porter un jeans sans avoir chaud et une jupe sans avoir froid) et la ville de la mode (du coup) ? Et comment ne pas tomber amoureux des paisas (tout le monde s´accorde pour dire que les plus belles femmes voient le jour à Medellin… mais les hommes ne se défendent pas mal non plus!) et de leur charmant accent ?
Un bon plan pour découvrir cette ville verte et ménageant de grands espaces : le turibus, qui vous emmène en une matinée aux points clefs touristiques. Vous découvrirez de nombreuses grandes places, toutes thématiques et qui feront toutes rêver les architectes par la modernité et originalité de leurs édifices. La place Botero, c’est la place des fameuses sculptures de cet artiste paisa : des personnes un peu enveloppées, aux proportions fantaisistes (à ses yeux, il ne peint et ne sculpte pas des personnes « grosses » mais le volume : Yo he dicho toda mi vida que jamás he pintado una gorda y no me creen, pero es cierto, yo pinto el volumen, no pinto gordas).
Un exemple de place thématique : pour s’avancer sur la plaza de los pies descalzos, il faut être pieds nus (des gardes sont là pour y veiller !) et suivre un parcours : marcher sur des petites pierres entre les bambous, puis sur du sable et enfin mettre ses pieds dans l’eau. Plutôt sympa pour se relaxer durant une pause de midi après une matinée de réunions ! Les diverses places de Medellin veillent à garantir une mixité sociale en attirant les habitants dans des quartiers de niveau social plus élevé ou moins élevé par diverses initiatives (projection de films gratuits, foire du livre dans le magnifique jardin botanique, etc.). Survolez en télécabine (métrocable) les « bidonvilles » qui s’étalent sur les flancs des montagnes qui encerclent la ville : ils accueillent la fameuse bibliothèque d’Espagne dont la forme fait penser à un gros rocher et … des escalators : résultat d'un autre projet social dont l'objet est de faciliter la mobilité des personnes âgées ou à mobilité réduite depuis leur lieu de vie jusqu'à la ville.
Si Medellin ne vous a pas totalement séduit par son climat, la convivialité de ses habitants, sa modernité, sa vie culturelle et ses projets sociaux à saluer, sa vie nocturne finira de vous convaincre ! Commencer la soirée par déguster les arepas recouvertes de garnitures comme des pizzas au J&C, ou au restau typique « Hatoviejo » où les shots d’aguardiente (eau vive au goût d’anis) arrivent accompagnés non pas des cacahuètes mais de coupes de fruits à tomber par terre et paniers de fritures diverses à tremper dans le guacamole, pour ensuite sortir dans le quartier parque lleras : des rues entières de restaus, bars et boîtes éclairées de mille feux !
Dans l´assiette des paisas : chincharron (peau de porc grillée) la bandeja paisa (si vous avez une faim de loup, rien de tel ! plat de viande, lentilles, avocat, arepa, etc.), les buñuelos (petits donuts en forme de boule, fourrés au fromage).
Leur chanteur ? Juanes !
Les costeños (les calientes Barranquilla, Cartagena, Taganga et Tayrona)
Sur notre route pour Cartagena, nous passons par Barranquilla, connue pour son carnaval, 4e grande ville de Colombie, avec des maisons anciennes qui côtoient les édifices tout à fait modernes (cathédrale, théâtre…). Et enfin la voilà, la ville héroïque, qui résiste au temps comme elle résistait autrefois aux attaques des pirates. Passer la porte de la ville emmurée, c’est entrer dans un temps suspendu, où les générations les unes après les autres recherchent l’ombre des balcons fleuris pour échapper à la chaleur étouffante en sirotant de l’eau de coco et achètent des morceaux de mangue ou d’ananas aux femmes noires qui déambulent avec leur marchandise sur la tête. Dédale de maisons colorées, petites églises, cathédrale, balade sur le mur d’enceinte pour jouir de la brise fraîche venant de la mer... Cartagena, irréductible sursaut du passé, dont la beauté et le charme ne sont atténués ni par les hordes de touristes ni par son histoire terrible d’esclavagisme autrefois et de prostitution enfantine aujourd’hui.
Et le soir, la sueur du soleil fait place à la sueur de la danse : les corps bougent et se déhanchent, abreuvés de rhum pour tenir toute la nuit. On dormira donc durant le trajet jusqu’à Taganga, petit village de pêcheurs dans une crique tranquille, le must pour les plongeurs paraît-il. Playa grande est un petit coin de paradis où je m’affale dans l’eau tiède des Caraïbes en faisant la planche comme dans un lit moelleux.
Direction ensuite vers un plus grand coin de paradis : le parc naturel du Tayrona. Des plages à couper le souffle qui ne se décrivent pas avec des mots…
Dans l´assiette des costeños : la fameuse arepa de huevos, poisson grillé avec riz au lait de coco et patacones (bananes plantins frites deux fois dans le sel et l´ail)
Une chanson ? « En Barranquilla me quedo » ! ou « La Rebellion » pour Cartagena, des chansons salsa de Joe Arroyo.
El unico riesgo es que te quieras quedar – le seul risque est que tu veuilles y rester
Bref, voilà un petit aperçu de la Colombie touristique, qui a de quoi faire rêver. Les plus suspicieux ne pourront que se laisser convaincre en visionnant la pub du pays sur Youtube qui répond au fameux slogan « le seul risque est que tu veuilles y rester ». En ce qui me concerne, le risque s´est vérifié, monter dans l´avion de retour fut la seule expérience de violence de mon séjour. L’insécurité se note (clôtures électrifiées, concierges armés, patrouille de flics le soir, etc.) mais ne se ressent pas, du moins pas dans les grandes villes et lieux touristiques. Et du conflit, vous n’en entendrez parler que si vous vous y intéressez. C’est là tout l'objectif de cet article, vous faire comprendre que malgré le conflit, la Colombie est un pays en plein essor économique et touristique où vous pouvez voyager sans craindre de croiser les FARC ou de vous retrouver en prison car quelqu’un aurait glissé de la drogue dans votre sac (à moins de vous aventurer dans les régions dangereuses).
Et je ne peux conclure qu'avec ce seul conseil : ne vous arrêtez pas aux peurs façonnées par les médias qui risqueraient de vous faire manquer la découverte d'un pays tout simplement magnifique, avec une diversité naturelle et culturelle extrêmement riche et une chaleur humaine qui vous rechargera à bloc en ondes positives.
Bon voyage ?
Olivia Nederlandt
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