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HELMUT NEWTON: SEX ON FIRE

 


Sur un fond blanc éclatant, se dressent quatre silhouettes conquérantes : Elles arrivent (Sie Kommen, Paris, 1981). Elles, ce sont les femmes shootées par le photographe Helmut Newton. Corps entièrement nus, courbes langoureuses, épaules puissantes, seins arrondis et jambes interminables perchées sur talons aiguilles. Telle une armée silencieuse, elles s’avancent, sûres d’elles et de leur pouvoir, étrangement belles et dangereuses à la fois. Dans les dimensions gigantesques de l’œuvre, elles fascinent et envoutent jusqu’au vertige. Mais derrière ce sillage magnétique, se pose l’énigme de leur identité. Qui sont-elles? Qui sont réellement ces femmes?

Photographe de mode le plus controversé et le plus influent du vingtième siècle, Helmut Newton a grandi dans le Berlin des années trente. Il fuit l’Allemagne Nazie et se réfugie à Singapour puis en Australie où il rencontre la femme qui partagera sa vie jusqu’à son décès en 2004 et qui deviendra sa complice de toujours, June Newton, elle-même photographe (sous le pseudonyme Alice Springs). Son travail de photographe de mode commence à Londres puis à Paris pour des magazines tels que Vogue ou Elle.

Newton va complètement révolutionner la photographie de mode en bousculant les codes de cet univers glamour et raffiné sur papier glacé. La mode se mêle alors aux nus, aux portraits, au sexe, et à l’artistique. Avec une irrévérence nonchalante et un esprit satirique, il expose les travers de l’industrie pour laquelle il travaille, dans toute sa perversité et son absurdité. La transformation s’opère et ce n’est plus le produit de mode qui est mis en avant mais l’image entourant ce produit. L’image d’une femme à laquelle Newton attache une nouvelle conception de la beauté.

Une femme audacieuse, troublante, provocante et sensuelle. Consciente de son corps et du désir qu’il suscite et maitresse de sa propre sexualité. D’abord perçus comme sulfureux et choquants, ces clichés ont en réalité coïncidé avec la libération sexuelle des femmes dans les années septante. Cette liberté nouvelle s’est alors retrouvée confrontée aux fantasmes qu’elle suscite dans l’imaginaire collectif.

Helmut Newton a cherché à exprimer cette charge érotique assumée et affirmée par la femme. Il tisse la trame de son histoire, celle d’une femme sublime et guerrière, amazone dont la nudité du corps sert d’armure. Son corps sculptural n’est pas sans rappeler les statues antiques et les nus classiques qu’il revisite. Dans un noir et blanc cinématographique, elle apparait triomphante, jouant de sa séduction et dominant les situations les plus décalées qui soient: allumant une cigarette, la poitrine offerte en face de son assiette à table; nue sous un manteau de fourrure rodant la nuit dans Paris; les mains parées de bijoux précieux en train de dépecer un poulet; habillée de prothèses orthopédiques; fumant le cigare; trainant dans les chambres d’hôtels avec menottes, chaines et fouets; entrant nue dans la gueule d’un crocodile.

 Contrairement à ce que d’aucuns ont prétendu, ce n’est jamais à l’exhibition gratuite et vulgaire de la femme ou de son corps qu’aboutissent les clichés. Mais la mise en scène de la femme dans cette esthétique du clair-obscur contient un paradoxe. Cette femme hypersexuée à l’élégance racée ne se montre séductrice et dominatrice que parce que tel est le fantasme de l’homme qui l’a imaginée. Sans être une femme-objet, elle apparaît comme un sujet sur lequel se projettent en boucle les désirs masculins d’un photographe.

C’est délibérément que Newton reste à distance de son sujet féminin, les clichés n’exprimant aucune tendresse à son égard. Il pose au contraire un regard parfois cruel sur la femme qu’il contrôle dans une scénarisation méticuleuse. Cette femme fatale et menaçante, trompant l’ennui, se voit enfermée dans un rôle formaté. Sa mise à nu ne donne jamais à voir qui elle est. Captive de son corps, elle n’est qu’une féminité spectrale destinée à exciter et à hanter les esprits. Vide et sans identité, elle est à la merci du plaisir et du désir qu’elle est censée faire naître.

S’ils ne donnent pas à voir l’essence de la féminité et n’ont pas non plus cherché en eux-mêmes à libérer la femme, ces clichés expriment avant tout un idéal féminin, celui d’un photographe. Un homme qui explore librement sa vision de la femme dans le monde intérieur de ses fantasmes, se laissant inspirer par l’apparition féminine qui peuple ses rêves dans toute la beauté et le mystère de son corps nu. Mieux que quiconque, Newton est parvenu à érotiser et à héroïser les femmes.

 


Sandra Ivanoiu

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C
Bonjour Sandra,Je cherche désespérément à te joindre depuis les bancs de l'unif mais tu sembles être partie dans de nouveaux beaux horizons.Ravie de te lire et au plaisir de te revoir!Clémence
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A
Comme toujours, ta plume décrypte parfaitement l'image et nous permet de rentrer dans le monde de l'artiste:) Merci Sandra!<br />  
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