Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

LE BRUIT DES GLACONS

Je suis là, étendu de tout mon long, agonisant, presque mort, suant à grosses gouttes dans mes draps Ikea, ma couette et mon caleçon ne font plus qu’un… Je sens le pouvoir vengeur de mon corps à travers mes maux de tête échevelée, comme une chanson dont je connais la mélodie par coeur… Happant non sans effort la moindre parcelle de CO2 vicié qui compose désormais l’atmosphère de ma chambre aux relents de soute d’une taverne de Munich au lendemain de l’Oktoberfest.

Adepte de la fièvre du samedi soir, j’appréhende systématiquement celle du dimanche matin. Il existe pourtant quantité de moyens d’éviter une telle situation de décrépitude : préférer l’exclusivité cinéma d’Rtl Tvi au dance floor des tripots de Louvain-la-Neuve, boire de l’eau ou encore faire l’amour. Allergique aux deux premières solutions, j’ai souvent l’ambition de tenter la troisième mais, ce matin, j’ai pour seule compagnie mon organe reproducteur et mon cellulaire…tous deux complètement à plat. La lumière du jour bien entamé braquée sur mon visage, je m’administre un interrogatoire policé : Où étais-je hier soir entre 23h et 04h du matin ? Quel alibi vais-je encore trouver pour justifier mes transgressions de moralité ? M’étant enterré la veille, ma mémoire est muette comme une tombe…  

Sondant alors immédiatement mes compagnons de guindaille présumés : les vantardises du plus repoussant d’entre eux m’indiquent que nous sommes rentrés à l’heure où toutes les filles sont belles, tard…beaucoup trop tard. Nous opérons ensemble un tri volontaire des souvenirs pour se faire la plus belle des soirées ; ne dit-on pas que le récit de la fête en est déjà la moitié? Une interrogation subsiste encore : Quelle fut cette force instinctive qui m’a conduit sans embuches dans ma couche ?.... A moins que, tel le sac poubelle, je ne tienne debout qu’une fois plein ?!

L’odeur du café moka à prix plancher me fait décoller du mien : un colocataire plus matinal que vous en vaut deux ! Désireux d’allier mauvaise haleine et très mauvaise haleine, je cherche mon paquet de cancerettes…désespérément…vide. Reprenant mes esprits, la chanson lancinante de ma migraine se poursuit :

Un beau jour ou peut-être une nuit, près d’un bac je m’étais endormi. Quand soudain, perçant ma fontanelle, et venant de nulle part, surgit un souvenir noir. Lentement, la gorge déployée, lentement, je me vis tournoyer. Près de moi, dans un bruissement d’elle, comme un désir charnel, je l’avais embrassée.  Elle avait les yeux couleur cubis, des cheveux couleur de la nuit, à mon cou sens-je un suçon odieux ?, ma conquête révélée, m’avais prise à son jeu. De son bec, elle a touché ma joue, dans ma main avait glissé son cou, c’est alors que je l’ai reconnue, surgissant du passé, elle m’était revenue.                                                                                                                                                            

Comment avais-je pu pêcher ce thon sans m’en apercevoir? Cette fois, c’est sûr, j’arrête de boire ! Ce désastre je veux oublier ce matin, qui trop embrasse mal étreint.  Il est temps pour moi de chercher les raisons d’une telle dépravation. Serait-ce un moyen d’évacuer mes déceptions, mes frustrations ? Quel fut l’élément déclencheur de ma propension à me mettre des mines et éviter les bombes ? Ne trouvant pas de raison convaincante, je me dis que si le plus vieux métier du monde était le trottoir, les premiers étudiants devaient déjà écumer les bars… Ma condition d’être humain me pousserait-elle irrémédiablement aux vices ? Des clous ! Qu’à cela ne tienne, je la surpasserai et me rachèterai une conduite ! N’ayant à mon actif que le permis de séduire, ma route semble peut-être compromise, mal boire ou bien me conduire il me faut choisir, tel sera désormais ma devise.  

Ma volonté de vivre vieux finit de me convaincre d’arrêter de boire au calice le sang du Christ, peu pressé que son père m’invite à sa table. Tomber dans l’alcoolisme en a fait monter prématurément plus d’un au ciel, à l’image d’un Gainsbourg  ou d’un Daerden ; le premier faisant ses p’tits trous, ses p’tits trous, toujours ses p’tits trous, le second nous assurant que c’était r’bouchéé... Boissons fermentées et distillées ne les auront pas empêchés d’être prolifiques et politiques, ajoutant même à leur laideur une légère dose de candeur...la marque de la bonté propre aux amateurs du pousse-café, le signe distinctif des buveurs de digestif !

L’eau-de vie peut aussi vous aider à trouver votre chéri(e) ; tout est affaire de dosages : une main légère vous donnera confiance en vous, classe et détermination, ce qui plaira à n’importe qui, mais un verre de trop  et n’importe qui vous plaira…Avec à la clé un réveil noyé de regrets. Oubliez 4 filles et un jean, préférez 1 fille et 4 Gin ! Depuis la nuit des temps, le tord-boyaux fait des miracles : il permet la paix des ménages, la réconciliation des hommes, la procréation des laiderons, la digestion facile, l’inhibition des instincts trop révolutionnaires,  l’inspiration des poètes et des peintres, le romantisme, le succès du Gangnam style, la vente de cigarettes aux adolescents, secret story, et j’en passe…Au vu de toutes ses qualités, suis-je si déterminé à la larguer, à me faire mal, et d’épancher ma soif à l’eau minérale ?!... Mais qui suis-je pour m’en débarrasser sans remords ? Elle qui combla bien souvent mon manque de personnalité, avec qui j’aimais me balader le long des allées, main au goulot, que j’emmenais dans mes dîners, au cinéma, à l’opéra, chez mes parents et mes amis,…nos journées mais surtout nos nuits ! Elle qui peut troubler mes sens jusqu’à l’obsession, elle qui fut un si bon compagnon. Je ne puis la laisser partir tel un sans cœur, ô ma douce liqueur. Il semblerait que je sois enchaîné à l’alcoolisé ; comment me débarrasser de toi, précieux tafia ? Et voilà que ma migraine s’en va… Mais je parle bien trop car voici l’heure de l’apéro!

                                                                                                                                                                     JB Gérard

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article